Le 30-08-2010 à 18h32, modifié le 30-08-2010
Zoupla boum tagada tagada tsouin tsouin, c'est reparti mon kiki !
Je crois que c'est la plus dure des rentrées que j'ai pu vivre.
J'veux dire bon, ok, c'est pas une rentrée officielle car là on est toujours en deuxième année, et pour la plupart d'entre nous, ça fait un mois que les vacances sont finies avec un retour en stage !
D'ailleurs pour moi, c'était en chirurgie orthopédique et traumatologique... J'ai kiffé, tout simplement. Non sincèrement, c'était super, j'ai eu 17/20, tout ça tout ça. Si je pouvais y bosser plus tard, ça me dérangerait pas
.
La reprise donc. C'était aujourd'hui. Après 3 mois de non-cours (juin : stage, juillet : vacances, août : stage), nous revoilà parti pour quelques semaines de cours. Et on attaque super dur avec une grosse claque dès la rentrée. A peine le temps de se dire bonjour, de se raconter deux trois anecdotes, que voilà, on prend par la main le gros de cette année : le TFE ! (Tadadam, tremblez, simples mortels !)
Le TFE, c'est le Travail de Fin d'Études que les étudiants de notre formation doivent rendre en fin d'études (non sérieux ?) et consiste en un travail de recherches tournant autour des soins infirmiers... En gros, bien entendu.
Et on attaque directement avec ça, alors qu'on est même pas encore officiellement en troisième année ! Et on apprend qu'on aura une semaine pour faire la (grosse) moitié de tous le travail, que c'est la première fois qu'ils s'organisent comme ça et que ça va être trop bien. Euh ouais, je suis pas forcément d'accord avec le fait que ça va être trop bien, mais bon, de toute façon on a pas trop le choix hein
' !
Non sincèrement, c'était une rentrée pas très cool. Et la semaine promet de pas être cool non plus.
Le 11-08-2010 à 16h52, modifié le 12-08-2010
Stage de deuxième année en soins infirmiers, service de chirurgie orthopédique et traumatologie d'un centre hospitalier.
C'est mon deuxième jour ici, et je crois innocemment que tous les patients du service présentent une pathologie relevant de la chirurgie orthopédique ou traumatologique. Des prothèses de hanche, des prothèses de genoux, des ligaments croisés, mais aussi des fémurs brisés, des humérus disloqués, ou encore des arthrodèses.
Sauf que voilà, j'apprends ce jour-là que lorsqu'un service est plein et qu'une personne doit être hospitalisée d'urgence (après être passée aux urgences, donc), celle-ci peut se retrouver dans un autre service n'ayant pas forcément de rapport.
Ce fut le cas ici avec Mme H. Madame H est une femme de 72ans amenée aux urgences par sa voisine devant un état général dégringolant. Aux urgences sont ainsi diagnostiqués une déshydratation, une altération de l'état général, mais aussi (et surtout ?) une ischémie de la jambe droite. (Une ischémie, pour faire court, c'est le sang qui ne passe plus : une veine ou une artère est bouchée par un caillot, généralement.)
Mme H est donc envoyée au bloc sur-le-champ, pour y subir une intervention chirurgicale :
une pose de stents. Les stents, ce sont, en gros, des espèces de tubes qui permettent à la veine d'être dilatée comme il faut. (Et désolé pour la grosse connerie racontée avant...)
Tout de même suivie par les médecins de vasculaire, ceux-ci passent dans la matinée de ce fameux mardi (mon deuxième jour donc) pour juger de l'état de la patiente.
Bon, tout va bien. Ou pas. Le membre est toujours froid, les stents n'ont à priori pas d'effet. Tant pis, il va falloir amputer. Le bloc est donc programmé : Mme H subira une amputation de la jambe jusqu'à mi-cuisse, dans l'après-midi.
Jusque là, rien de bien anormal me direz-vous. Certes ça peut faire peur, mais au delà de ça, il n'y a rien de réellement extraordinaire.
Oui, mais voilà. Mme H est Turque, et ne parle pas le français. A peine nous répond-elle "Ca va" ou "Merci" lorsque l'on lui parle. Toute la situation est là. Comment réussir à prendre en charge une personne qui ne vous comprend pas, et qui ne peut pas vous exprimer son ressenti, ses besoins ?
Le mardi, je ne vois Mme H que très brièvement. Elle paraît un peu perdue et ne nous parle pas, malgré qu'elle semble nous écouter.
Le lendemain, mon troisième jour, je revois donc Mme H. L'amputation est faite : mi-cuisse. Purée, ça fait haut.
Je me fais entendre que la veille, l'équipe a réussi à trouver un aide soignant de l'hôpital parlant le Turque, afin de pouvoir expliquer à Mme H ce qui l'attendait. Le minimum que nous pouvions faire donc : imaginez qu'on vous amène au bloc sans rien vous dire ou en vous l'expliquant en Schmazeob (langue tout à fait extraordinaire s'il en est), et que lorsque vous vous réveillez, il vous manque une jambe. La panique.
Là, donc, elle avait au moins eu les explications, et était à priori d'accord pour l'intervention. Tant mieux.
Imaginez-vous, vous occuper d'une personne qui ne vous comprenne pas, que vous comprenez encore moins. Difficile, hein ? Surtout quand on sait que cette personne doit être soutenue psychologiquement, moralement, afin de réussir à passer une étape dans sa vie.
Mme H est donc amputée, allongée dans son lit, à nous regarder tourner autour d'elle. Nous essayons de lui parler, de lui expliquer ce que nous faisons (médicaments, pansements, piqures, etc), mais même si elle essaie de donner l'impression de comprendre, nous savons que ça n'est pas le cas.
Je lui parle pour lui dire je ne sais plus quoi, lui caressant le bras pour me montrer rassurant. Elle me prend la main en me regardant. Ce n'est pas de la peur que je vois dans ses yeux, ni de la colère. Juste de la tristesse, dont elle aimerait nous parler avec des mots.
De la tristesse, et de l'incompréhension.
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